Un mois ferme!

Après l’achat impromptu de Rex, il nous fallait stopper l’hémorragie financière qu’avait subie notre tirelire. En effet, Dr Côte de Porc avait subi , nous devions le renflouer. A défaut de trouver immédiatement du travail dans la région nous recevons un email d’une certaine Tianie qui nous propose du woofing. Nous n’avions encore jamais expérimenté cela mais nous l’avions envisagé au vu des nombreux retours positifs que d’autres voyageurs ont pu exprimer sur le net. C’était à notre tour de vivre l’expérience.

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Nous arrivons le 7 mai à Moodiarrup, un petit hameau en campagne. Pas de réseau téléphonique, le premier village est à 50 km, l’endroit idéal pour jouer la suite de Massacre à la tronçonneuse ! Très prudemment, avant la fin de toute communication, nous adressons notre position à nos familles…juste au cas où. Nous sommes cependant accueillis par Buster, un petit coogie chaleureux, suivi de sa maîtresse Tianie. Après avoir englouti quelques délicieux cupcakes, nous faisons le tour de la propriété qu’elle occupe avec son mari Alain. Lui, comme tous les agriculteurs, est un homme très occupé travaillant six jours sur sept, un homme à tout faire qui a pas mal roulé sa bosse, grand mélomane et fan absolu de The Boat That Rocked au grand dam de toute sa famille. Elle, est coiffeuse dans un petit salon sur Kojonup la fameuse ville à 50 km de là, qu’elle tient avec sa sœur Kelly, travaillant également à domicile elle n’a pas une minute à elle. C’est la raison pour laquelle ils font régulièrement appel à des voyageurs pour tenir leur demeure et prendre soin du jardin et de leur chien.

 

Vivre à la campagne est une drôle d’aventure qui vous oblige à devenir un maximum autosuffisant. Quand nous n’avions qu’à traverser la rue pour s’acheter une brique de lait, ici les courses peuvent vite devenir pénibles si vous n’êtes pas un tant soit peu prévoyants. Charpentier, plombier, mécanicien, Alain peut dénouer n’importe quelle situation, avec une blague toujours adéquate. Il avait été convenu qu’on ferait le ménage dans la maison et l’entretien des nombreux parterres de plantes dans l’immense jardin en échange de la pitance et du coucher. Ce travail de quelques heures par jour nous permettait de ne rien dépenser et pourquoi pas de rechercher un boulot à côté pour se faire un peu d’argent.
N’étant pas les premiers backpackers à passer dans la région, la famille est habituée à notre piètre anglais, et grâce à leur patience et aux nombreuses discussions échangées notre pratique de la langue s’améliorait de jour en jour. Par politesse, il fut convenu entre nous deux de ne pas s’exprimer en français en présence de quelqu’un d’autre. Quelle ne fut pas notre surprise à la fin de notre séjour, un soir en regardant un film avec toute la troupe de nous rendre compte que nous n’avions plus besoin de sous-titres !

Le petit hameau de Moodiarrup étant très isolé ces habitants sont d’autant plus unis et solidaires. Ici tout le monde se connaît et accueille les étrangers de passage à bras ouverts. Même si nous ne sommes là que pour un mois nous n’échappons pas au « hug » à chaque rencontre. C’est dans cet esprit que cette petite communauté protestante se réunit chaque samedi dans sa sobre chapelle. Curieux et souhaitant s’immerger pleinement dans leur quotidien nous assistons aux différents rites. Chants modernes diffusés sur le rétroprojecteur, orgue accompagné de quelques riffs de basses, discussions autour de la Bible, aucun signe ostentatoire, tout ici est question de tolérance et d’ouverture d’esprit. D’ailleurs notre agnosticisme n’est pas remis en question et les échanges sont tournés sur le respect et les valeurs de chacun. Après le sermon du pasteur, tous se réunissent pour le lunch dont chacun a ramené et cuisiné une partie. Un moment idéal pour se retrouver non pas entre voisins mais entre amis.

La journée se poursuit généralement en famille où l’on nous invite avec plaisir. Ici pas de cinémas, pas de jeux vidéo, tous les loisirs sont dans la nature. On décochera quelques flèches sur des cibles en paille en compagnie de Joshua, l’ainé de Tianie et Alain, on effectuera quelques tours en motocross avec Lachie (à prononcer Loki) le cadet. On participera aussi au flamboiement d’un tas de compost géant (un samedi soir tranquille à la campagne quoi !). Ici pas d’éboueurs : tout est brûlé par les moyens du bord. Une flèche + une allumette + des litres de diesel = un feu de joie et de multiples explosions d’ordures ménagères. Le dimanche signifie la reprise des hostilités, puisqu’Alain repart travailler dans les champs tandis que les « enfants » s’occupent de réparer le toit, de décaper des armoires, etc. Mais où sont passés les dimanches en pyj’ devant la télévision à mater des séries ?

 

Malgré nos différentes tentatives pour trouver du travail dans les villes voisines il a vite fallu nous rendre à l’évidence, qui dit petite ville dit peu de personnes et peu d’offres. Heureusement Alain proposa à notre ex-assureur de venir l’aider dans la ferme. Pour visualiser un peu le domaine, celle-ci réunissait plusieurs hectares de champs où les différentes maisons de la famille s’étaient implantées entre les parcelles. Alain travaillait en collaboration avec Eric et Lionel, respectivement le père et le frère de Tianie. Chacun possédait une partie des terres mais tous travaillaient sous la même bannière. Si Eric s’occupait particulièrement des moutons (à moooort !), Alain des machines, et Lionel de la partie commerciale, tous les trois travaillaient autant aux champs. Devenu agriculteur en herbe on confia à notre jeune padawan un « loader » pour collecter les ballots de paille semés dans les prés et les réunir par vingtaine. Mais ce n’était pas la seule tâche à laquelle il s’attela. On fit régulièrement appel à sa bonne volonté pour : conduire les « utes » (véhicules utilitaires ressemblant à des pick-up), couper les cordes s’emmêlant aux roues du « seeder » (un semoir), attacher les ballots de paille au camion, désembarquer des moutons tout en les comptant (1 mouton, 2 moutons, 3 moutons, ZZZzzz, 428 moutons >_< ), vérifier les clôtures, et même un peu de travail de berger.

 

Les week-ends nous sommes rejoints pas les enfants de Tianie et Alain âgés de 20 et 17 ans. L’aîné, Joshua, est un garçon très cultivé et curieux avec qui nous avons l’accroche très facile. Le plus jeune, Lachie, un peu plus en retrait est quant à lui passionné de mécanique et de moto. Les soirées avec eux sont placées sous le signe de la détente. Tous ensemble nous dégustons un délicieux repas, papotons, regardons la télévision, partageons et rigolons. Surtout avec Alain, le père bout en train. Etant originaire des Seychelles, sa maman parle un français parfait avec un accent créole très mignon. Tandis que de son côté Alain n’a pas grandi en apprenant le français. Les rares mots qu’il connaît comme « tasse de thé », « cochon » ou « canard » pouvaient très vite être sortis dans la même phrase juste pour nous faire rire. Et je vous avoue que ça marchait ! Le mieux fut un vendredi soir, Joshua nous propose de regarder Frozen Planet, un reportage sur le pôle nord très intéressant d’ailleurs. Et à chaque fois que l’on voyait ce volatile, Alain ne pouvait s’empêcher d’hurler « CANARD ! » et ça partait très vite en fou rire de notre côté, surtout quand notre jeune trentenaire enchaînait avec un « coin-coin » dans la foulée. Imaginez un peu le tableau, tous devant la télévision, puis dans l’écran passe l’oiseau en question et c’est parti « CANARD ! – Coin-coin ! ». Et on enchérie avec des éclats de rire général et Alain qui continue avec « Cochon tasse de thé ! » le tout avec son accent australien. Des moments inoubliables.

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La semaine, alors que l’Homme suait des gouttes de sang dans les champs, notre Cendrillon essayait de rendre la maison la plus agréable possible. Tout y passait, du ménage au linge, en passant par l’entretien du jardin, le nourrissage de Buster et accessoirement sa distraction (baballe !), à la collecte du bois, jusqu’à la préparation du repas du soir. Un boulot chiant, certes, mais qui laissait quand même le temps pour d’autres « activités » comme regarder le journal de France 2 sur les chaînes internationales (si si !), publier d’autres articles sur notre cher Destination Anywhere, rendre le chien fou (voir la vidéo plus bas), mais surtout préparer la suite de nos aventures. Ne restant qu’un mois dans cette famille (et un mois ça passe très vite) il fallait profiter d’internet pour trouver un vrai travail payé pour le mois de juin. La plupart des voyageurs qui tentent l’aventure du WHV en Australie vont sur Gumtree où l’on trouve de tout y compris du travail. Le problème c’est qu’environ 1 000 personnes auront la même idée que vous ! Je ne saurai que leur conseiller de s’armer de patience et de courage. Le meilleur moyen d’avoir une réponse claire, nette et précise c’est de prendre son téléphone et d’appeler directement l’employeur. Au début on aura tous tendance à choisir la facilité et à envoyer des mails, et vous aurez en partie raison car certains préfèrent et demandent à jeter un œil sur votre CV. Mais vous vous rendrez vite compte que la plupart de vos candidatures, c’est-à-dire 90%, resteront sans réponses. Pourquoi ? Car pendant ce temps-là un autre backpacker aura pris son courage à deux mains et appelé l’employeur en question. Donc stop à la timidité et à la peur de ne pas comprendre ou être incompris car les australiens, et c’est bien connu, n’aiment pas la paperasse ni perdre leur temps derrière leurs ordinateurs, et encore moins si, comme nous, vous vous tournez vers les boulots de ferme. Après il suffit d’une fois me direz-vous. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé pour nous. Alors que la fin de notre séjour approchait à Moodiarrup, enfin un retour d’une offre de boulot, dans une ferme à 400 km plus au nord. On me demande d’appeler (j’vous l’dis !) et je tombe sur un homme sympathique qui m’explique rapidement le pourquoi du comment du boulot en question, et s’intéresse rapidement à nous pour vérifier que nous ne sommes pas des pinpins de passage. Tout semble bon, le travail commencerait dans six jours, il m’annonce qu’il doit en parler au « boss » et que nous n’aurons une réponse que le lendemain. Puis vient l’attente… Un jour, deux, trois jours, nous rappelons, roulements de tambour… Et c’est dans la poche : nous prenons un mois [à la] ferme. Nous sommes attendus le lundi 2 juin pour l’accueil et débuterions le job dès le lendemain. C’est un grand « ouf » de soulagement car nous avons trouvé un emploi rémunéré qui nous permettrait de nous relever de nos récents déboires et repartir du bon pied pour juillet et notre remontée vers Darwin.

Le dernier week-end se profile avec la famille Calais. La pluie qui était présente depuis quelques temps commençait à inonder les routes formant par endroits des vagues de mousses apparemment créées par la poussière. Mouais, bizarre, moi quand je mélange de la poussière avec de l’eau ça n’fait pas des bulles ! Retour à la maison en compagnie de toute la famille, pour une dernière après-midi sous le signe de la détente, du thé, des balades en motocross, de la chasse aux kangourous… Hein quoi ?! Mais pourquoi donc chassez-vous le kangourou ? Tout simplement parce qu’ils prolifèrent rapidement et se nourrissent des graines récemment plantées dans les champs. Heureusement ce jour-là il ne faisait pas très beau ni très chaud donc les kangourous furent épargnés. Merci !
Nous finissons notre samedi devant la télévision en famille, et partirons au lit plus tôt que prévu en raison de notre départ imminent. Toc, toc, toc, au petit matin Alain vient nous saluer une dernière fois avant de partir au travail, nous enlace tendrement, nous conseille une dernière fois, avec toujours autant d’humour, de prendre rendez-vous pour une vasectomie (pas d’gosses !). C’est l’heure du départ, nous chevauchons une fois de plus notre fidèle Rex et quittons la ferme sous les aboiements de Buster. Un œil dans le rétroviseur, je le vois nous poursuivre une dernière fois comme pour nous dire « Bon vent les amis ! ».

A nous la route pour de nouvelles aventures…

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4 thoughts

  1. Même si j’ai la chance d’échanger avec cha et de connaître ce qu’il vous arrive en temps réel, c’est tjs très plaisant d’avoir encore plus de détails et de vous lire… poutous!

  2. Merci pour vos commentaires ! Nous prenons nous aussi un max de plaisir à les écrire et à les agrémenter de photos, même quand cela concerne des moutons (ouais Flo’ ! Même combat !)

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