Au cœur des montagnes flamboyantes

Soyons clairs et précis, c’est aussi pour ce genre de lieux que nous sommes partis à l’aventure. Le Karijini National Park est un très très (très) gros coup d’cœur. Chacune de nos rencontres nous ventait la beauté de cet endroit hors du commun. C’est pour cette raison qu’après avoir longé la côte jusque Coral Bay nous sommes rentrés dans les terres pour rejoindre la réserve. Il était temps pour nous de lacer nos chaussures de rando’, de remplir nos gourdes et de partir sacs sur le dos à la rencontre des gorges du Karijini.

Ce parc national situé dans les monts Hamersley est le deuxième plus grand parc d’Australie Occidentale avec ses 6 274 km². Mais ce sont ses cascades, ses gorges et ses gouffres situés dans le nord du parc qui nous ont intéressés. Le Karijini régalera également les fans d’ascension, car ici on y trouve l’une des montagnes les plus hautes du Western Australia. Nous préférons quant à nous descendre dans les profondeurs du parc et longer les gorges rougeoyantes si exotiques à nos yeux.

Au programme de la première journée un trail au fond de la Dales Gorge. Il faut descendre un chemin escarpé jusqu’au Fortescue Falls et déjà le ton est donné : falaises rouges, un profond bassin noir et le soleil qui se reflète sur les chutes d’eau. Nous voilà au cœur des montagnes flamboyantes. On en prend plein les mirettes. Cette première piscine naturelle étant facile d’accès il faut s’en éloigner et partir en randonnée pour espérer se retrouver un peu plus seul ou en tout du moins avec les « vrais ». On décide de poursuivre vers Fern Pool, un bassin ayant une signification sacrée pour le peuple local aborigène. Pour les connaisseurs cela nous aura fait penser au « Dérochoir » dans le Jura. Une petite chute se jetant dans un bassin d’une eau bleue verte dans un cadre paisible. Ici le parcours en forêt longeant des arbres tentaculaires contribue à rendre l’endroit très mystique. On peut s’y baigner en respectant le lieu mais en aucun cas plonger ou escalader les rochers sinon malheur à vous !

 

Nous prenons ensuite le chemin principal de la Dales Gorge. Accrochez-vous à vos baskets car c’est là que les choses sérieuses commencent. Cette marche de « Classe 4 » nous fait évoluer au fond d’une gorge serpentant entre les cours d’eau, escaladant des rochers tellement lisses et parfaits qu’on se serait cru dans Frontierland, longeant les falaises rouges et abruptes. Mais le must c’est de traverser des ruisseaux de pierres en pierres en jouant les funambules. Le moment était propice à une belle chute le cul dans l’eau mais nos deux acrobates passeront toutes les difficultés en restant secs. Pour vous parler un petit peu de cette histoire de « Class », ici dans le Western Australia, les trails sont hiérarchisés sous six catégories : la première étant accessible aux fauteuils roulants tandis qu’il faut des notions d’escalade et une excellente condition physique pour prétendre à la « Class 6 » (que nous n’avons jamais vue à travers l’état). Deux heures plus tard nous atteignons le graal du parcours : Circular Pool, un bassin caché au plus profond de la gorge, dissimulé derrière de hauts rochers et de la végétation. Seuls dans ce magnifique endroit nous avons tout le loisir de contempler ce temple de sérénité et accessoirement de rejouer la scène de Gollum chantant « ce que nous voulons c’est du poisson… ». Mais qui dit descendre dit forcément remonter. Et nous voilà repartis pour une ascension vertigineuse afin de rejoindre le haut du plateau. Un poumon de fumeuse plus tard nous pouvons marcher à la manière de Maximus Decimus Meridius dans de hautes herbes dorées jusqu’à la voiture.

 

Le soir nous dormons dans l’aire de campement du parc et testons la douche solaire « made by Dav’ » : efficace selon l’utilisatrice, d’une ingéniosité extrême selon son créateur, qui en digne successeur de Richard Dean Anderson a encore montré tous ses talents d’inventeur.
Tatatatatatatata taaa tata taaaaa tata taaa tatatata ta taaaaaa (pour ceux du fond qui n’ont aucune culture années 90 il s’agit du générique de MacGyver…).

Levés très tôt le dimanche deux Class 5 nous attendaient ce jour-là. Après s’être échauffés les yeux sur de simples lookout, nous nous rendons à la Hancock Gorge pour entamer le premier trail. Nous descendons quelques marches assez abruptes (qu’il va falloir remonter !!) poursuivons par deux échelles et atterrissons au fond de la gorge. Nous suivons le cours d’eau, évoluons de rochers en rochers. Il n’y a pas vraiment de chemin mais juste des balises de couleurs et il nous faut choisir notre tracé. Puis le parcours s’arrête face à une étendue d’eau. S’en suit une rapide et évidente analyse de la situation : mur infranchissable à gauche, mur infranchissable à droite, cours d’eau gelé droit devant et une balise de couleur dix mètres plus loin. Bon, nous comprenons qu’il va falloir traverser. Cela peut paraître simple mais est-ce que vous vous rendez compte que l’eau stagnante qui se trouve au fond d’une étroite gorge toujours à l’ombre est glacée ?! Allez ! Il n’y a que quelques mètres. Sacs sur le dos, chaussures à la main, nous traversons. « Oh putain d’sa mère ! » s’exprimera-t-elle. Traduction : « Ouh c’est plutôt froid ! ». Un peu plus loin nous devons marcher le long d’une étroite paroi rocheuse en mode Spiderman (pardon Spider-man), si on ne veut pas tomber dans l’eau glacée (et bien plus profonde cette fois). Cela devient même cocasse voir casse-cou quand on croise d’autres randonneurs revenant du trail. On arrive enfin à « l’amphithéâtre » où des bancs rocheux grimpant sur une dizaine de mètres font face à un cours d’eau qui se jette dans l’étape suivante : la « Spider Walk ». Le sol est glissant, on doit mettre ses pieds là où on peut et avancer parfois à la force des bras tendus de chaque côté de cet étroit corridor sur quelques mètres pour sortir de ce piège. La Kermitts Pool en vue, il faut se faufiler, selon la technique soit à quatre pattes soit en glissant sur les fesses, jusqu’à cette piscine naturelle aussi froide qu’un pingouin mort. La tentation d’y piquer une tête juste pour faire le fiérot sur les photos (et accessoirement la vidéo) est trop grande. L’eau est si glacée qu’elle finit même par vous brûler la peau. Et après ce bain aussi court qu’exaltant il faudra repartir sur la Spider Walk, escalader de nouveau les parois, traverser encore une fois le bassin gelé jusqu’aux échelles et grimper les marches pour rentrer. Mais nous y allons avec un grand sourire tellement l’expédition fut fun et les points de vue surréalistes.

 

Handrail Pool, Weanu Gorge. Notre deuxième Class 5. Le début du parcours est un peu similaire : descente dans la gorge en enjambant de grandes marches, puis suivre le cours d’eau qui serpente aux fonds des falaises. On profite toujours de ces belles couleurs teintées de rouges-orangées jusqu’à la première difficulté. De nouveau un bassin à traverser mais sur une plus grande distance. Si au premier trail l’eau nous arrivait jusqu’aux genoux, ici (selon la taille de certains) c’est jusqu’à la culotte, calmant ainsi toutes les ardeurs sexuelles de la plus active des nymphomanes. S’en suit une escalade plus abrupte encore qui demandera quelques numéros d’équilibristes pour revenir sur la terre ferme. Quelques mètres plus loin il nous faut traverser un couloir rocheux jusqu’à un passage vertigineux où il faut s’accrocher à une rampe pour ne pas se briser le cou ! En longeant celle-ci et en assurant chaque pas on descend enfin dans l’Handrail Pool, une magnifique piscine naturelle totalement isolée. L’eau y est cristalline, seul un petit oiseau nous tient compagnie. A l’autre extrémité de ce bassin il est possible de poursuivre mais uniquement à la nage… Le Lonely Planet dira « expériencce inoubliable ». Il n’en faut pas plus pour que l’aventurier, GoPro à la main, se jette à l’eau. C’est froid, très froid, les rochers sont glissants, mais on se croirait dans un film d’aventure. Nager dans ces eaux, dans un couloir d’un mètre de large aux parois interminables vues d’en bas, reste effectivement une très belle expérience, un peu dangereuse avec le recul si on y nage seul car dans ces gorges personne ne vous entendra crier…

 

Un article n’était peut-être pas suffisant pour illustrer la nature majestueuse du Karijini National Park. Nous avons publié d’abord la vidéo car nous ne nous voyions pas vous décrire ce lieu sans images en tête. Que ce soit pour ses paysages flamboyants, ses piscines naturelles, ses randonnées hors du commun ou la grandeur du lieu, cela nous restera comme un de nos meilleurs souvenirs. Que dire d’autre que si un jour vous avez la chance de traverser le Western Australia cet endroit DOIT être inscrit sur votre itinéraire.

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