To cut or not to cut ?

“To cut or not to cut ?” Telle est la question que nous nous sommes posée à bien des reprises lors de notre passage dans le South Australia quand nous avons travaillé dans la région viticole de Coonawarra !

Nous descendions de notre virée dans le centre rouge à la recherche de terres plus fertiles pour glaner quelques dollars. Franchissant de nouveau les portes de Port Augusta, nous nous dirigeons cette fois-ci vers l’est en direction d’une bourgade appelée Mildura. Nous quittons bien le désert continental de l’Australie pour revenir vers des paysages plus familiers, bien verts et très vallonnés. Parfois nous avons l’impression de nous nous retrouver dans les pâtures britanniques mais les kangourous qui bondissent au milieu des champs nous rappellent bien que nous sommes de l’autre côté du globe.
Ici nous comprenons que la recherche de travail passe principalement par les auberges de jeunesse. Des « contractors » recrutent des backpackers, pour les disperser dans les fermes à conditions de loger dans leurs établissements. Pour 170 dollars par semaine et par personne, il est hors de questions pour nous d’adhérer à ce système. Nous avons toujours su nous débrouiller autrement, alors merci et bonne journée ! C’est pourtant une pratique régulière dans le sud et dans l’est de l’Australie, certainement très arrangeante pour les voyageurs-piétons mais notre Rex nous permet de faire des économies en voyageant et logeant dedans. Nous poursuivons les recherches de notre côté et finissons par trouver un job dans les vignes plus au sud. C’est à Penola que nous rencontrons Chris, le gérant de plusieurs domaines viticoles. Il recrute en ce moment pas mal de bras pour du vine pruning (élagage de vignes). Nous établissons notre campement dans un petit caravan park à la sortie de la ville et acceptons volontiers de nous réfugier dans une roulotte avec chauffage, oui car nous subissons le choc climatique entre le centre du pays à 30°c et l’extrême sud du South Australia à 15°c.

L’équipement du pruner :
– Un gros sécateur pneumatique à deux mains genre l’outil de cambrioleur t’inquiètes !
– Une paire de gants robustes pour éviter les échardes.
– Une lime pour aiguiser régulièrement le coupe-coupe.
– Un bout de craie pour noter ses initiales à chaque début de rangée de pieds de vignes.

 

Et c’est parti ! On attaque à 7 heures du matin qu’il pleuve ou qu’il vente. Le but est d’élaguer l’armée de pieds de vignes qui nous attend, chaque rangée en comprenant plus d’une centaine. Pour la première fois depuis notre arrivée en Australie, nous ne sommes pas payés à l’heure mais au pied de vigne, de 9 cents à 14 cents le pied, soit entre 13 et 23 dollars la rangée. Pour résumer, plus on va vite, plus ça rapporte. Malheureusement il ne suffit pas d’être rapide mais aussi efficace et pointilleux. Enfin… en théorie. Chaque branche trop longue, trop grande ou pendante se doit d’être coupée, le plus difficile étant de ne jamais s’arrêter de marcher, d’analyser en clin d’œil ce qui va être raccourci et dans un grand « Clac » priver le pied de vigne d’une de ses extensions. Parfois l’arbuste ressemble plus à de l’art conceptuel, quelque chose dont les artistes d’aujourd’hui qualifieraient de « contemporain » et qui en réalité ne ressemble à rien. Les Clac alors s’intensifient et il faut tenir le rythme car ici plus que nulle part ailleurs : le temps c’est de l’argent. Certains ne s’arrêtaient même pas pour manger à l’heure du midi histoire de récupérer une rangée de plus (les malades !). Ce n’était pas pour autant le chaos car Henry, le superviseur, veillait au grain en passant derrière nous et contrôler notre boulot. Malgré sa présence, nous ressentions une forte injustice dans la qualité du travail de quelques membres de l’équipe. Et c’est bien là tout le problème des travaux payés au rendement : certains n’hésitent pas à tricher et à bâcler leur tâche pour engranger plus de rangées. Et pour nous qui avons toujours dû présenter un travail qualitatif, il est difficile du nous mettre à l’heure australienne qui privilégie largement la productivité à la qualité… Alors certes nous n’avons jamais du recommencer de rangées après qu’Henry les ait vérifiées mais au final notre paye reste inférieure à celle des autres, ce qui nous pousse vicieusement à travailler plus vite et de manière plus grossière.

To cut or not to cut ? Serait-ce plus rentable de payer à l’heure en indiquant une moyenne à effectuer par jour et en renvoyant les mauvais éléments ? Le choix de payer au rendement à certainement fait l’objet d’une étude, mais l’observation qu’on en tire est assez négative. Pour preuve, à l’instar du Prince Philippe dans la Belle au Bois Dormant, nous nous sommes retrouvés face à une armée de ronces prêtes à nous trancher la gorge ! Deux heures et demie pour arriver à bout d’une seule rangée pour une somme misérable. Plus de la moitié de l’équipe avait rendu les armes à l’heure du déjeuner, désertant carrément le lieu de travail et le gérant perdit sa main d’œuvre pour les jours suivants. Quand on jette un regard sur la manière dont les vignes ont été traitées on se rend compte également que la plupart ont choisi « not to cut » pour aller plus vite et pour gagner plus. Mal à l’aise avec ce système, il était temps pour nous de partir et d’expérimenter autre chose.

C’est ainsi que nous débarquons à Swan Hill pour tester le thinning. Il s’agit là d’alléger les arbres de leur excédent de fruits afin que les plus beaux puissent grossir et arriver parfaitement à maturité. Concrètement il ne faut laisser que deux ou trois fruits par branche et décrocher le reste. To cut or not to cut ? Ici il ne faut rien oublier et supprimer les mauvais fruits, un travail certes pas très harassant mais où la concentration est primordiale. Nous sommes d’ailleurs bien plus encadrés et contrôlés que dans les vignes, du fait qu’on soit payé à l’heure nous nous devons également de bien travailler en tenant le rythme. Comme dans tous les travaux de ferme en Oz, les sanctions peuvent très vite tomber et il est possible de se faire renvoyer du jour au lendemain sans explications. Le gros avantage de ce job demeure le fait que nous évoluons toujours par deux, nous permettant ainsi d’échanger tout en exécutant notre tâche. Nous sommes logés directement au sein de la ferme, dans une sharehouse que nous partageons avec le reste de l’équipe uniquement asiatique. Malaisiens, hongkongais, taïwanais, vietnamiens et deux français (nous ^^) vivant à quinze dans la même maison, et bien ça fait un beau bordel ! Tous de cultures très éloignées il est parfois compliqué de cohabiter tant les différences sur l’hygiène, le bruit et le rythme de vie sont propres à chacun.
Les dîners sont l’occasion d’une forte curiosité pour tous les colocataires. Nous sommes fascinés par la cuisine vietnamienne de Hai et de son Phõ, celle de Nelly et de ses Bubble Tea taïwanaises, de la sauce chili extra hot des malaysiens qui mangent ça à la petite cuillère là où nous nous étouffons à la moindre bouchée tandis que ces derniers sont émerveillés à la simple préparation de notre pain perdu !

 

Nous nous interrogeons sur le fait d’être les seuls européens à travailler dans cette ferme. Nous apprenons plus tard que les western people sont considérés ici comme moins respectueux, moins travailleurs et qu’ils se plaignent plus facilement. Il est vrai que rarement on entendait l’équipe se plaindre ouvertement à propos des horaires et du rythme de travail, pourtant si particulier. Nous travaillons ici 8h30 par jour avec seulement 30 minutes de pause- déjeuner, et ce 7 jours sur 7… Les days off sont très rares et bien que le travail ne soit pas aussi pénible que ceux que nous avons pu connaître, le corps et l’esprit ont parfois besoin d’un peu de repos. Il est difficile pour nous européens qui nous reposons sur nos acquis et nos privilèges de concevoir ce travail non-stop alors que certains font preuve d’une ténacité sans pareil. Nous pensons à Eddy qui a laissé femme et enfants en Malaisie depuis deux ans, venu en Australie pour subvenir aux besoins de toute sa famille et financer les études de ses jeunes frères et sœurs. Mais également Al, diplômé et polyglotte qui gagne plus en travaillant en ferme ici-même que dans sa branche dans son pays natal. Ecouter ainsi leurs histoires nous tendait à relativiser.

Bien que provenant d’horizons différents, une chose nous réunissait un soir sur deux : le football ! Et oui, pas le footie à l’australienne en marcel et en petit short sur un terrain ovale mais bien le football comme nous le connaissons. Nous étions d’ailleurs très surpris de leur connaissance assez calée sur l’actualité « footbalistique » des championnats européens, ainsi que de leur niveau sur le terrain herbeux en face de la ferme. Pieds nus nous jouons à 4 contre 4 avec pour objectif un espace restreint entre deux chaises. Le jeu est rapide, les passes précises et pendant ce temps-là les filles nous gâtent de quartiers d’oranges qui poussent le long du terrain. Peter, le propriétaire de la ferme, offrit 200 dollars à l’équipe victorieuse lors de notre dernier match, somme qui fut intégralement reversée dans la préparation d’un repas « made in France » réclamé pour notre départ par tous nos colocataires. Et quoi de mieux qu’un bon steak (vraies) frites sauce au poivre suivies de crêpes pour régaler nos amis asiatiques. Tout le monde a mis la main à la pâte durant la préparation, chacun voulant faire sauter les crêpes. Le repas fut un immense succès et voir Abby manger ses frites avec ses baguettes chinoises n’eut pas de prix pour nous cette soirée-là.

 

Le lendemain il fallait déjà charger Rex, échanger nos mails et se faire de gros câlinous d’au revoir. Un avion nous attendait à Adélaïde pour rejoindre des invités très spéciaux.

To be continued…

footsteps

Follow the footsteps.

 

2 thoughts

  1. Juste waou!!! Vous m’avez fait rêver… J’aurais bien besoin d’un coupure du monde européen aussi, à vous lire…
    En espérant que vous vous portez bien, becs

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