Travailler plus pour gagner plus

« Travailler plus, pour gagner plus. » Telles sont les paroles prononcées il y a quelques années par un de nos « chers » présidents. Même si ces mots peuvent paraître vides de sens au sein de l’hexagone aujourd’hui, en Australie c’est possible !

Après avoir quitté les filles au début du mois de novembre et puisé tous nos écus dans nos petites besaces, il était temps de partir en quête d’un nouveau job. Nous avons donc quitté la festive Adélaïde pour rejoindre le très verdoyant Victoria. Ce périple nous a permis de traverser l’incontournable Great Ocean Road (qui fera l’objet de quelques photos dans un prochain article) et trois jours après avoir posé nos sacs près de Melbourne nous trouvons à nouveau par l’intermédiaire du National Harvest une petite ferme qui a besoin de bras. Il s’agit en l’occurrence d’une ferme de champignons (oui de champignons !), située dans le Gippsland à la frontière de Phillip Island. Ce qui tombe très bien car un an plus tôt, confortablement posés dans le salon familial, nous avions visionné un reportage sur cette île qui regorge de manchots pygmées, les plus petits manchots (et non pingouins*) du monde. Voilà nous y sommes, la visite est déjà programmée dans un coin de nos têtes…

Vue depuis notre logement.

Vue depuis notre logement.

Mais avant tout et encore une fois, il faut travailler. Chris et Anne Marie nous accueillent dans leur Mushroom farm et nous font visiter ce qui sera notre lieu de travail pour les six prochaines semaines. La cueillette de champignons est un boulot délicat, absolument pas fatiguant comparé à ce que nous avons connu, qui se pratique dans des salles légèrement réfrigérées, autrement dit une température idéale en plein été austral. Les deux boss ne nous parlent pas d’horaires, car ils viennent de déménager le site et sont en train de construire de nouvelles salles. On comprend un peu que nous ne ferons pas beaucoup d’heures les premières semaines… Nous prenons nos quartiers dans la caravane so 70’s, un peu sceptique sur le peu de travail existant surtout que nous sommes trois à se partager le travail. Nous faisons ainsi la connaissance de notre voisin Aymerick, venant tout droit de notre capitale, ex-militaire ayant gardé la bougeotte et envie de voir du pays.

Le picking des champignons est payé 5$ la boîte de 4kg. Mais à deux boîtes par heure lors de nos débuts et la moitié des salles en construction, nous ne gagnons malheureusement pas autant que nous l’avions prévu. Heureusement que Chris nous propose de faire des « heures » à côté pour l’entretien des cultures (mettre le composte, préparer des petits pâtés de terre, nettoyer des salles, vider les salles,…). Mais cela reste trop ponctuel pour nous. Nous pensons dans un premier temps à partir, mais l’idée de reprendre la route, prospecter à nouveau, et l’arrivée en masse de nouveaux voyageurs dans la région nous réfrènent. Car en plus des dépenses courantes la fin du voyage signifie aussi faire la révision du Rex, renouveler nos assurances santé (1300$ dans ta face !), payer les billets d’avion pour la Nouvelle-Zélande,… Puis Aymerick nous suggère de trouver un autre petit boulot à côté pour se faire davantage d’argent. Lui travaille le soir dans un bar au bord de Phillip Island. On hésite puis on se dit que ce serait l’idéal car ne travaillant que le matin à la ferme, il nous serait possible de cumuler un autre job le soir. En achetant le journal local, un restaurant cherche du personnel pour l’arrivée de l’été et les grandes vacances australiennes. Achat de pantalon noir et d’un jean, nous réussissons l’entretien d’embauche et nous sommes tous les deux pris à l’essai. Les premiers services se passent bien et nous allons travailler pendant l’été au Foreshore, restaurant chic mais relax au bord de la mer sur Phillip Island (il y a pire comme endroit pour bosser ^^).

Anthony et Sue sont les deux propriétaires de l’établissement et soit-dit en passant figurent parmi les meilleurs boss qu’on ait eu jusque-là. Ici tout fonctionne à l’anglaise comme dans la plupart du pays, ce qui comprend aussi les heures d’ouverture du restaurant. Quand on se dit que la cuisine arrête de servir à 20h30 en semaine ça ferait sourire n’importe quel français et que dire pour les espagnols ! Donc un service moyen commence à 17h30 pour finir vers 22h, et un peu plus tard le week-end. Ce restaurant perdure depuis 10 ans et ça se voit, le rythme de la cuisine est parfaitement huilée, le plongeur est un néo-zélandais d’une trentaine d’années qui nettoie à la vitesse de la lumière et la répartition des tâches en salle est juste parfaite. Chacun gère ses tables, pendant que d’autres sont derrière le bar à faire les boissons et qu’une personne n’est chargée que de ramener les plats en salle. Bref tout roule comme sur des roulettes au Foreshore et ça facilite l’adaptation de l’un d’entre nous qui a du mitonner sur son CV pour en arriver là. Hihi ! Pour nous deux il s’agissait de la première fois où nous prenions les commandes en anglais. Heureusement au bout de neuf mois en Australie, notre maîtrise de la langue est bien meilleure qu’à notre arrivée. Il faut tout de même améliorer notre prononciation mais nous arrivons à bien comprendre la clientèle, à nous faire comprendre et même à s’autoriser quelques blagounettes, ce qui rend notre « French attitude » très payante au niveau des pourboires.

« Travailler plus, pour gagner plus. » Le départ précipité d’Aymerick vers la côte est nous amène à récupérer la surveillance des 600 volatiles (et 600 c’est presque beaucoup !) du poulailler. Voici une semaine type de vos deux aventuriers :
Réveil à 6h tous les matins (y compris Noël, les champignons et les poulets ne connaissent pas les jours fériés…), ouverture du poulailler à 7h tapante, nourrissage du chien de garde, abreuvage des poules, picking des champignons jusque 13 voir 14h sans pause. Après le lunch nous faisons une sieste d’une heure ou deux avant de se taper les 45 minutes de route qui nous séparent du restaurant où nous travaillons jusque 22h30 en moyenne. Re 45 minutes de voiture pour enfin fermer le poulailler avant minuit et de s’écrouler durant 5 à 6h de sommeil. Ajoutez à cela 4h de « casing » le mardi (aménagement de la salle), le vendredi 4h de préparation du compost pour la future génération de champignons et 4h le dimanche pour vider et nettoyer les salles. Ce schéma se répète continuellement car le hangar est composé de six salles qui tournent sur six semaines en permanence. De plus le week-end, le propriétaire du poulailler étant sur les marchés à vendre ses œufs, nous nous occupions également de la collecte chaque samedi et dimanche.

Comment fonctionne une culture de champignons en salle réfrigérée ? C’est très simple : les salles sont numérotées de 1 à 6. Pour que le travail reste « gérable » Chris a instauré un système de roulement des salles, tout simplement pour ne pas picker dans six salles puis tout vider quand il n’y a plus rien et ensuite attendre que ça repousse. Cela signifie que par semaine nous ramassons les champignons dans trois salles en même temps. Prenons par exemple les salles 1, 2 et 3. Lorsque la salle 1 est en train de « mourir » la salle 4 démarre, les salles 5 et 6 étant en attente, car il faut environ 18 jours entre la plantation et la première récolte. Du coup nous nous occupons de ramasser dans les salles 2, 3 et 4, pendant que nous vidons la salle 1, la nettoyons, la préparons et remettons de la terre pour qu’elle soit de nouveau prête dans 18 jours et ainsi de suite… Autrement dit : « C’est l’histoiiiire de la vie, le cycle éterneeeel ! ».
Alors qu’à nos débuts, lorsque les travaux n’étaient pas terminés, nous ne faisions que quelques boîtes par jour, sur la fin avec les six salles, nous étions capables d’en remplir une trentaine.

Picking de champignons, divers travaux dans la ferme, s’occuper d’un poulailler, travailler dans un restaurant (et même deux pour l’une d’entre nous) : la multiplication des travaux est possible en Australie et finalement a été même très simple dans notre cas. C’est ce qui nous a permis de rebondir en cette fin d’année et d’accumuler assez pour assister au débarquement quotidien des manchots pygmées sur Phillip Island, de découvrir la très agréable Melbourne durant quelques jours et de payer toutes les charges inhérentes à un nouveau départ d’une année en Nouvelle-Zélande. Mais cela est une autre histoire qui vous sera contée prochainement.

footsteps

Follow the footsteps.

* On confond souvent pingouins et manchots alors que ce sont deux espèces différentes (malgré leur ressemblance) qui habitent dans deux hémisphères opposés et que la culture commune confond principalement à cause d’erreurs de traductions. Un pingouin se traduit ainsi par auk en anglais alors qu’un manchot se traduit par penguin d’où une certaine confusion. On pourrait vous parler pendant des heures de ces animaux fascinants mais nous pensons que vous avez d’autres choses à faire désormais. Bien entendu si nous cumulons plus de 100 commentaires différents à la suite de cet article nous nous efforcerons d’en produire un nouveau exclusivement consacré à ces formidables oiseaux marins.

"Et Joyeux Noël espèce de sale bête. Et une très bonne année !"

« Et Joyeux Noël espèce de sale bête. Et une très bonne année ! »

36 thoughts

  1. Mais du coup soit j’arrête maintenant, soit je continue jusqu’au bout de ma connerie… Dans les deux cas je serai quand même ridicule je pense mais autant aller au bout de ses idées

  2. 66 comme la route et pause pour ce soir. Un tiers du chemin est fait. J’encourage les autres lecteurs à y aller de leur commentaire. Un article sur les pingouins serait enrichissant pour tout le monde!

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