La vie avec Rex

Un total de 29 046. Voilà le nombre exact de kilomètres parcourus en Australie au volant de notre grand et fier Rex. De la lointaine Perth tout à l’ouest du pays, à Melbourne la décontractée au sud, en passant par l’exotique Darwin et la désertique Alice Springs, notre van nous aura abrités et transportés tout au long de cette incroyable boucle à travers l’Australie. Plages, pistes, routes, Rex aura vu du pays et jamais nous n’oublierons ce périple avec lui. Récit d’un voyage inattendu.

 

Rex : A new hope.

Il y a bien longtemps, dans un pays lointain, très lointain, de jeunes apprentis voyageurs se retrouvent échoués dans un désert à Tataouine après le crash de leur véhicule…
Perdus au milieu de nulle part, désespérés et désemparés, ils voient leurs économies défiler à grande vitesse. C’est à Espérance, et cela ne s’invente pas, que va naître un nouvel espoir. Le jeune couple va faire la rencontre d’un mastodonte de 2050 kilos et comme toute belle histoire d’amour celle-ci commence par un coup de foudre immédiat. Ce nouveau trio est bien décidé à faire un bout de chemin ensemble.

Les premiers jours de leur relation sont très forts et marqués de promesses alors indélébiles. « Jamais on ne se quittera ! », « Nous ferons le tour du monde ensemble ! ». Des phrases prononcées certainement trop rapidement mais qui sont sur le coup emplies d’une sincérité sans failles. Et pour leur plaire, Rex commencera à perdre un peu de poids en s’allégeant de ses sièges arrière, des kilos bien superflus. Il se pare également de ses plus beaux rideaux pour plus d’intimité, accueille un lit queensize très confortable et promet des nuits romantiques à la faveur d’un toit panoramique offrant une vue imprenable sur la voie lactée depuis la couche. Le trio s’offre même ses premières vacances ensemble à la mer. Sportif et athlétique, Rex n’hésite pas à s’aventurer sur le sable et rouler le long de la plage du Cape Le Grand National Park. Après l’emménagement suit invariablement l’aménagement. Un nouvel autoradio fait son apparition à l’avant, monsieur construit une cuisine toute neuve à l’arrière tandis que madame apporte sa touche personnelle en disposant badges et petits objets décoratifs partout dans l’habitacle, rendant Rex bien plus joli et vivant. C’est une idylle parfaite que vivent nos trois compagnons.

 

La vie à trois n’est cependant pas chose aisée et demande une certaine organisation. La journée débute généralement avec un réveil aux aurores, surtout s’il faut faire quelques centaines de kilomètres dans la journée. Le thermomètre grimpant rapidement en Australie, il vaut mieux prendre la route entre huit et neuf heures. Assis dans le lit, nous nous habillons puis sortons par la porte latérale. Le coffre s’ouvre et laisse place à la cuisine qui se déploie. Le mini frigo aura tenu le lait au frais durant toute la nuit pour les céréales du matin. Le petit déjeuner a lieu sous des températures très clémentes et il est déjà temps de faire une petite vaisselle grâce à notre petit eski de 5 litres. Tandis que l’une range la chambre à coucher, l’autre check les niveaux d’huile et d’eau du véhicule. Les distances étant faramineuses en Australie nous avons appris à vérifier régulièrement la mécanique (il faut souvent faire 200 kilomètres dans le Western Australia pour trouver une ville décente). Et c’est parti pour plusieurs heures de route. L’autoradio devient un investissement très vite rentabilisé, nous jouons au jeu du « c’est toi Florent ? » à chaque fois que nous croisons une Suzuki Swift rouge avec un klaxonne courtois et léger (que nous croisons bien plus souvent que nous l’aurions cru), nous comptons les kangourous laissés pour mort sur le bas-côté de la route (ce qui arrive encore bien plus souvent, c’est dire !) et nous n’oublions jamais de saluer de la main chaque automobiliste venant d’en face (une règle absolue dans les zones désertiques). A ce propos il ne faut jamais relâcher son attention car entre les kangourous kamikazes, les stupides moutons, les vaches indécises et les émeus suicidaires (YOLOOO !!!*) il existe des dizaines de façons d’exploser son capot de voiture, ce risque étant multiplié par 1000 la nuit, et 1000 c’est beaucoup.

 

L’heure du déjeuner s’approche et il s’agit pour la plupart du temps de sandwichs composés à base de tomates ou de concombres, de creamy chesse, de moutarde, de jambon et d’épices. Oui, nous avons même une boîte à épices. En fait vous hallucineriez si on vous racontait tout ce qu’on possédait dans ce van, sans rire. Quelques fruits en guise de dessert avant d’entamer une après-midi réservée à la découverte de notre destination. Rex accueille alors sur son toit notre douche solaire de vingt galons que le soleil se chargera de chauffer généreusement en seulement deux ou trois heures. Car avec des températures avoisinant les 35° une douche en fin de journée après une bonne randonnée est plus que la bienvenue. Nous déployons donc un système ingénieux de paravents (qu’on pourrait résumer à une toile étanche et opaque accrochée en système D entre un arbre et le van) et prenons des douches chaudes en plein air.

 

Puis la répartition des tâches reprend son cours naturel. Alors que la femme installe chaises de camping, table à manger et butagaz pour la cuisine, l’homme part dans la cambrousse, bâton à la main, non pas dans le but de ressembler à ses ancêtres chasseurs mais simplement pour se protéger des serpents (si si !) à la recherche de brindilles qui serviront d’allume feu, de petit bois pour le faire prendre, et de grosses branches mortes pour le maintenir en vie. Après une soirée au coin du feu sous un ciel étoilé comme jamais (pas de ville à 100 kms à la ronde), les sacs passent à l’avant, le lit accueillant les deux aventuriers souvent exténués de leur journée. Nous vidons chaque soir les cartes SD de l’appareil photo et de la GoPro qui viendront alimenter les réseaux sociaux et notre site internet, puis remercions l’existence des disques durs ultra plats lors d’une séance de cinéma improvisée en pleine nature jusqu’à épuisement de la batterie. Cette dernière sera rechargée dès le lendemain durant les quelques heures de route qui nous sépareront de notre prochaine destination. Rex et ses occupants finissent enfin par s’endormir, car une nouvelle journée de route les attend sûrement demain.

Dîner dans le Karijini National Park.

Dîner dans le Karijini National Park.

 

Australia strikes back !

Avoir un Rex n’est pas de tout repos, surtout quand on a envie de parcourir des milliers de kilomètres en une année : il faut se préparer à tout ! Outre les services et les vidanges à effectuer régulièrement, il faut assumer tous les petits soins qu’il faudra apporter un jour ou l’autre à un monstre de ce genre. Nous aurions pu nous laisser tenter par une voiture ou un break, bien plus facile à entretenir et à réparer qu’un van dont le capot est compressé et les pièces plus difficiles à atteindre, mais Rex présentait tout le confort et l’espace que nous n’étions pas prêt à abandonner. La seule donnée que nous avions oubliée dans l’équation c’est que l’Australie est un pays hostile à tout point de vue, que ce soit par sa faune, sa flore ou bien par les rudes pistes qu’il faut emprunter pour se rendre dans les plus beau endroits et les vilains mécaniciens qui vous attendent à la sortie de ces derniers.

Ici il n’y a pas de devis, on vous ne donne même pas de prix. Quand vous demandez une fourchette on vous en donne une, mais qui est bien souvent sous-estimée et la facture présentée est bien souvent gonflée de 100 ou 200 dollars. Mais que peuvent faire des backpackers de passage qui ne reviendront jamais dans ce coin ? Ainsi à la sortie de la Gibb River Road, le seul garagiste à 250 kms à la ronde voit arriver deux voyageurs qui ont crevé un pneu. Pas de bol pour lui, ce n’était pas le premier et nous avions déjà rencontré un mécano qui nous avait montré comment réparer un pneu crevé. Quand le mécanicien nous dit que notre pneu est foutu nous lui expliquons que ce n’est pas vrai et que nous connaissons la méthode pour le réparer. D’un aplomb absolu et sans la moindre pitié il enfonce son tournevis dans notre pneu pour nous expliquer que de toute façon le pneu est usé, que cela ne sert à rien de le réparer, et que soit on achète un neuf à 250 dollars (100 dollars de plus qu’un prix normal) soit nous partons. Nous réussirons à négocier le prix avec beaucoup de peine avant de le maudire et de lui souhaiter le pire. Au total, Rex a fait la rencontre de 11 « vétérinaires » et dans seulement 3 de ces cas nous avons eu à faire à des gens très aimables et parmi ces 3 expériences positives 1 seule était dans un but lucratif (les deux autres n’étant que des conseils dont nous avions besoin en vue de changer une pièce par la suite).

 

Comme des parents attentionnés, nous nous inquiétions à chaque nouveau bruit suspect survenant au cours de la route car nous savions que les réparations qui s’en suivraient seraient douloureusement chères. Rex devenant le centre d’attention permanent au cours de nos dernières semaines, nous vivions mal le fait de devoir surprotéger notre véhicule dans le but de le revendre. Il représentait tout de même un investissement de plusieurs milliers de dollars que nous devions absolument récupérer si nous voulions renflouer le trou creusé dans nos économies en France. Un ronronnement étrange ou un bourdonnement anormal et nous voyions déjà le pire arriver. A quelques semaines de la Nouvelle-Zélande il nous fallait redevenir plus serein et essayer de trouver de nouveaux parents pour adopter ce grand van tout vert.

Bonne route Rex !

Bonne route Rex !

Malgré toutes les complications dues à l’entretien de notre van 4×4, les factures des pièces à changer sur 30.000 kilomètres, les pépins sur les routes sableuses et les pneus crevés après des traversées de rivières nous n’aurions jamais pu accumuler autant de souvenirs si nous avions du voyager sans véhicule tout terrain. Rex a joué un rôle prépondérant dans notre itinéraire et nous a permis de voir quelques-uns des plus beaux endroits de l’Australie : les plages de sable blancs dans des parcs nationaux isolés, des pistes de sables ocres tout à l’ouest du pays, la fameuse Gibb River Road et ses traversées de rivières : seule porte d’accès pour la magnifique région du Kimberley, et de manière générale tous les raccourcis caillouteux s’étalant sur plusieurs dizaines de kilomètres. Rien de tout cela n’aurait été possible sans lui.

Merci Rex.

footsteps

 

 

Follow the footsteps.

* You Only Live Once

5 thoughts

  1. Yeaaaaah ! Ca me donne envie de présenter Jacques à Rex pour qu’ils fassent des bébés camions ensemble ^^
    Quand je vois le kiff que nous a offert notre Jumpy sur 9000 km à travers l’Ecosse et la France jusqu’à maintenant, j’imagine que ça a du vous briser le coeur de vous séparer de Rex…
    En tout cas, putain de paysages encore une fois.

    • Exactement, dur dur de laisser filer Rex après avoir vécu tant de choses avec, d’avoir consacré beaucoup de temps et d’énergie à l’avoir façonné à notre image, le tout sur presque une année. Nous avions même un badge du groupe le plus cool de tous les temps au pied de l’Old Man of Storr 😉
      Des bébés camions ^^

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