Travailler à :

Après une parenthèse française plutôt revitalisante, il nous fallait revenir à la réalité du travail néo-zélandais. L’hiver s’approchait progressivement et nous avions en tête d’aller bosser près de la montagne. Nous étions alors en avril et possédions deux mois d’avance sur le début de la saison hivernale. En Australie, l’année précédente, nous avions toujours un train de retard sur les autres, cette fois-ci en Nouvelle-Zélande nous aurions deux mois d’avance. Direction Queenstown pour s’approprier le travail avant tout le monde !

WRONG ! Ici comme partout ailleurs la saison hivernale commence fin juin et pas avant. Que ça soit le porte à porte, les adresses d’intérim ou les offres sur le journal local, nous ne trouvons rien. Et quand une chaîne de bars ouvre une après-midi de recrutement c’est plus de 150 backpackers qui s’accumulent dans le couloir à la grande surprise des patrons (et à la nôtre) pour couvrir les quelques places offertes. Peu d’offres d’emplois, une concurrence rude et nombreuse : pas de quoi nous effrayer ! Nous restons !

WRONG ! C’est un entretien d’embauche pour le restaurant panoramique qui scellera définitivement le sort de Queenstown. Rendez-vous parfait, recruteurs intéressés, Dav’ au meilleur de sa forme, et pour finir ça nous passe sous le nez. Et comme la vie coûte cher, il nous faut migrer vers un nouvel endroit. Une auberge de jeunesse cherche des volontaires du côté de Ohakune ! Une petite ville de montagne au pied du Mont Ruapehu, la seule station de ski de l’île du nord. Fantastic ! Allons-y !

 

Ohakune c’est… finalement petit. Genre… très petit. Moins de 1.000 habitants l’été mais avec une capacité d’accueil de plus de 20.000 l’hiver. C’est une station de ski au pied de la montagne. Oui au pied de la montagne, à 20 kilomètres quoi ! Ne chipotons pas. En Nouvelle-Zélande il n’y a pas de station de ski au pied des pistes, comme par chez nous. La montagne est un élément sacré pour les maoris et les stations consistent en quelques bâtiments de restauration et de location de skis, toutes les habitations restent en ville à au moins une vingtaine de kilomètres de la montagne. Donc nous mettons l’idée de travailler dans une vraie station de ski pour un prochain hiver et nous nous contentons de faire du volontariat dans une auberge de jeunesse contre la gratuité du logement, en attendant de trouver un vrai boulot payé.

Et il faudra un mois entier pour que la situation se débloque ! Un mois que nous aurons passé à travailler nos poignets lors des confrontations franco-italiennes au baby-foot (alors que la France termine sa phase préparatoire sur des succès éclatants, c’est bien sûr une victoire de l’Italie en finale, l’histoire se répète encore et encore), à rencontrer de nouveaux amis et à se faire exploiter gentiment par des patrons et des superviseurs que nous jugerons de douteux (une histoire alambiquée qui se termine mal dans la drogue, forcément).

 

Puis s’en vient enfin la saison hivernale qui débute par le très attendu OMG ! Oh My God qu’est-ce que c’est ? Ohakune Mardi Gras ! C’est une « street party » déguisée qui attire plus de 20.000 jeunes Kiwis ET Ozzies fêtant le début de l’hiver devant un concert enflammé : de quoi se réchauffer sous les premiers flocons ! Et cela restera comme l’un de nos meilleurs souvenirs de Ohakune sans aucun doute. Une soirée très arrosée qui s’est déroulée à notre grande surprise sans débordements et dans la bonne humeur.

Heureusement que les boîtes fermaient à trois heures du matin car le lendemain…

NOUS COMMENCIONS LE BOULOT… Aaargh… Gueule de bois… Fatiiigue…

Oui entre temps Cha’ avait réussi à nous trouver du travail, et pas qu’un seul…

JOB N°1 : HOUSEKEEPER (traduction : femme/homme de ménage).

L'habit ne fait pas le moine...

L’habit ne fait pas le moine…

Censé être notre job principal avec un minimum de vingt heures par semaine, l’entretien s’était très bien passé auprès de managers plutôt sympathiques qui travaillaient pour la solde de Mr C. (Vous pouvez le nommer Cameron par exemple, nous on l’appellera Crétin ou C…..d, au choix). Le job était simple dans un environnement compliqué. Faire le ménage est a priori à la portée de tout le monde, mais la division géographique des lieux (8 appartements, 2 Cottages, 4 trous à rats, 1 grande maison, et 2 logements dans un wagon de train) et des standings différents pour chaque logement menaient à une perte de temps inévitable.

Mr C. ayant des contacts bien placés, c’est lui qui accueillit dans ses locaux les artistes DJ du festival OMG. Et c’est donc nous qui durent nettoyer leur appartement haut de gamme. Si les DJ avaient mis le feu à la scène la veille, ils firent encore mieux dans leur logement temporaire. Tâches de vin sur les murs et au plafond, sofa culbuté, alcool renversé, nourriture projetée un peu partout dans l’appartement, une bande de babouins scatophiles auraient fait moins de dégâts.
Mais nous avons mis tout notre cœur dans ce job, jusqu’à ce qu’on nous réduise nos heures car la neige tardait à venir, puis jusqu’à ce qu’on nous fasse travailler que le dimanche car Mr C. perdait trop d’argent la semaine et préféra engager des volontaires à la place la semaine (travaillant gratuitement contre le logement), puis jusqu’à ce qu’on nous vire, officiellement parce que nous travaillions mal et trop lentement, officieusement pour n’engager que des volontaires puisque le manque d’activité laissait de la place pour les loger. Je vous assure que nous étions paradoxalement très heureux de perdre ce job qui ne nous rapportait plus rien.

JOB N°2 : CLEANER DE BAR/BOITE DE NUIT (traduction : Nettoyeur de vomi et de choses dont vous n’avez pas vraiment envie d’entendre parler, surtout si vous êtes à table).

Cha' : nouvelle fée du logis. Qui l'eût cru ?

Cha’ : nouvelle fée du logis. Qui l’eût cru ?

Si le titre ne vous dit rien qui vaille, n’imaginez pas là que c’était le pire des jobs que nous ayons eu à faire. Bon effectivement d’un côté il faut se lever TOUS les jours pendant TOUTE la semaine durant TOUS les mois pour aller nettoyer un endroit festif dans lequel vous ne mettrez jamais les pieds. Mais qu’est-ce que 3 mois et demi ? 108 MATINS !!! La réponse c’est 108 levés sans aucune grasse matinée. A cela il faut imaginer les soirées à thèmes qui rendaient les journées particulièrement joyeuses. A titre d’exemple nous pourrions vous indiquer la fameuse « Beach Party » et son combat de filles dans une piscine de jelly (gelatine alimentaire) projeté un peu partout sur les murs, ou le cocasse « Welcome to the jungle » et la tonne de brin de paille à décoller du sol crasseux et collant. Et c’est vrai que nous ne savions pas non plus quels cadeaux nous allions récolter dans les urinoirs au petit matin…


Pour autant nous étions seuls, rien qu’à deux pour effectuer ce travail, nous n’avions personne sur le dos pour nous surveiller, nous travaillions en utilisant notre propre méthode, nous prenions le temps de rire et de se parler entre deux chansons. C’était un forfait qui nous été versé, que le boulot fusse effectué en deux fois moins de temps ou deux fois plus. Nous arrivions le matin, à l’heure qu’on voulait, on faisait le job, rapidement mais consciencieusement, et nous repartions avec les dollars oubliés sur le rebord des billards par les fêtards ivres. Près de 175$ de pourboires ramassés pour ce travail ingrat mais finalement très lucratif !

JOB N°3 : CLEANER DANS UNE SALLE DE SPORT (Traduction : Nettoyer après les mioches).

 

Du ménage, encore du ménage, mais cette fois-ci dans une salle de sport, deux heures par jour et cinq jours par semaine. Facile et rapide si seulement ce n’était pas pour le compte d’une école. Car parcourir le terrain indoor avec un gigantesque balais est assez simple, passer un coup de chiffon sur les tables et les vitres d’une salle de classe demeure d’une facilité infantile, non le plus frustrant reste de s’émerveiller sur la vitesse à laquelle une armée de lardons est capable de rendre un univers propre et ordonné en un capharnaüm de chips écrasées et de raquettes de ping-pong scarifiées.

JOB N°4 : BARMAID pour Cha’ (Traduction : Personne qui a la classe derrière un bar) et KITCHENHAND pour Dav’ (Traduction : Commis de cuisine ou plus communément « Va me chercher ça, découpe les légumes et fais la vaisselle »).

La fine équipe du Kings après le boulot.

La fine équipe du Kings après le boulot.

Engagés par les patrons les plus gentils qu’il soit donné d’avoir, nous avons passé nos meilleurs mois de travaux au Kings. L’endroit, un bar/restaurant texan, est des plus originaux, les monstrueux burgers qu’on servait étaient aussi impressionnants que délicieux (et on y mangeait à l’œil le soir, c’est dire si notre régime alimentaire s’est fortement amélioré après les quantités astronomiques de nouilles englouties sur la route en Australie), et nos patrons avaient à cœur de nous aider financièrement en nous abreuvant d’heures à effectuer au restaurant le soir et dans la partie hébergement du domaine le matin.

Travailler derrière le bar pour Cha’ a été une expérience très enrichissante. Evidemment celle-ci lui a permis d’améliorer sa compréhension de l’anglais et de certaines expressions, voire de l’anglais saoul. En binôme avec un Irlandais fan de Guinness (obviously), le job derrière le bar fut une machine très bien huilée et très exaltante. L’exercice devenait tout de même périlleux les soirs de match entre les All Blacks et les Wallabies qui affichaient archi-complet, et très amusants lors des Quiz Nights tous les lundis soirs.

 

La cuisine pour Dav’ n’en fut pas moins instructive. Même si être commis de cuisine n’est pas drôle tous les jours, c’est un passage indispensable pour appréhender l’enfer des fourneaux. Pour autant, c’est un job qui lui convint parfaitement : tout y était clair, organisé, d’une logique fascinante. Même s’il est loin d’être évident de jongler entre la vaisselle, la préparation des aliments, la confection des salades, des desserts et par-dessus-tout de répondre présent à tous les ordres du chef, le petit commis était toujours ravi d’aller travailler en cuisine.

Inutile de vous dire que ces quelques mois furent éprouvants. Se lever tous les matins pour aller nettoyer les boîtes de nuit, rentrer manger un morceau, repartir dans l’après-midi pour aller nettoyer la salle de gym, rentrer à pied à nouveau et se préparer pour aller travailler quatre à cinq heures au bar/restaurant le soir, sans compter les grosses journées du dimanche où nous nous levions à 6 heures du matin et ne rentrions que vers 23h. Sans jour de repos, des semaines allant de 45 à 60 heures pour le petit Dav’ et pourtant la motivation n’a jamais décrut. L’objectif ? Profiter des arrivées de nos amis en fin d’année et des différents road trip que nous préparions avec eux. Quelle délivrance notre dernier jour de travail, de pouvoir enfin dire : c’est finiiiiiiii !

Fort heureusement il n’y a pas eu que le boulot pendant ces quatre mois, il y a aussi eu…

footsteps

Follow the footsteps.

One thought

  1. Me voila de nouveau je n’avais plus d’ord , cette période avec tous ces petits boulots n’as pas dû être facile .
    Mais vous gardez votre bonne humeur et vos récits sont agréable a lire .

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